Encyclopédie · Notes & Matières

Cannelle

La cannelle est extraite de l’écorce séchée de Cinnamomum verum (Ceylan) ou Cinnamomum cassia (Chine). Profil chaud, épicé, sucré. Pilier des orientaux ambrés gourmands depuis Shalimar (1925).
Botanique · Cinnamomum verum, C. cassia
Origines · Sri Lanka, Chine, Indonésie, Vietnam

Origine botanique et géographique

La cannelle en parfumerie désigne l’huile essentielle ou l’absolue extraite de l'écorce séchée de deux espèces principales du genre Cinnamomum, famille des Lauracées. La Cinnamomum verum (cannelle de Ceylan, dite "cannelle vraie") est cultivée principalement au Sri Lanka et offre la qualité la plus raffinée, plus fine et plus florale. La Cinnamomum cassia (cannelle de Chine, de Cassia) est cultivée massivement en Chine, en Indonésie et au Vietnam, plus puissante, plus camphrée, plus économique.

L’écorce intérieure du tronc est récoltée par incision, puis séchée. Le cinnamaldéhyde (aldéhyde cinnamique) est la molécule pivot responsable du profil olfactif caractéristique.

Profil olfactif

La cannelle offre un profil chaud, épicé, sucré, légèrement boisé. À l’aveugle, elle se reconnaît à un trio : une attaque épicée chaude et piquante, un cœur sucré et balsamique, et un drydown boisé et persistant. La Ceylan est plus florale et plus subtile, la cassia est plus puissante et plus camphrée.

La cannelle est l’épice de Noël et de l’enfance. Elle évoque immédiatement la chaleur, gâteaux, vin chaud, pain d’épices. Indispensable dans les orientaux gourmands.Annick Ménardo, à propos d’Hypnotic Poison pour Dior (1998)

Caractéristiques clés

Composés actifs principaux
Cinnamaldéhyde (60-80 % du cassia, 50-70 % du Ceylan), eugénol, acétate de cinnamyle, alcool cinnamique. Restrictions IFRA pour photosensibilité.
Position pyramidale
Cœur. 4 à 6 heures sur peau.
Familles affines
Orientale ambrée (matière-pilier des accords ambrés gourmands), gourmande (signature pain d’épices), boisée (cannelle + bois)
Concentration usuelle
0,1 % à 1 % de la formule (restriction IFRA stricte sur le cinnamaldéhyde).

Production et extraction

L’écorce intérieure est récoltée à la main par incision longitudinale du tronc. Les morceaux d’écorce s’enroulent en bâtonnets caractéristiques pendant le séchage de plusieurs semaines à l’air libre.

L'extraction se fait par distillation à la vapeur (huile essentielle d’écorce) ou par extraction au solvant (absolue plus dense). Rendement de 0,5 à 1 % pour Ceylan, 1,5 à 4 % pour cassia. L’huile essentielle de cannelle Ceylan oscille entre 200 et 300 €/kg, la cannelle cassia entre 100 et 200 €/kg. Restrictions IFRA strictes sur le cinnamaldéhyde (photosensibilisant, allergène potentiel).

Plusieurs captives synthétiques permettent de contourner les restrictions IFRA : cinnamaldéhyde de synthèse en concentrations diluées, méthyl cinnamate, Cinnamoxan. Ces molécules reproduisent partiellement le profil de la cannelle naturelle tout en restant dans les normes réglementaires strictes imposées depuis 2008.

La distillation des feuilles de cannelier (en anglais cinnamon leaf oil) donne une huile essentielle distincte, riche en eugénol (70 à 85 %) plutôt qu’en cinnamaldéhyde, au profil plus girofle-épicé et plus boisé. Cette huile, beaucoup moins photosensibilisante que l’huile d’écorce, est privilégiée dans les compositions où une note cannelle douce est recherchée sans risque réglementaire. Le Sri Lanka reste le producteur de référence avec environ 80 % de la production mondiale d’huile de feuilles de cannelle Ceylan, suivi des Seychelles et de Madagascar. Les parfumeurs niche utilisent souvent les deux qualités en accord : l’huile d’écorce dosée à 0,1-0,3 % pour la puissance épicée, l’huile de feuilles à 0,5-2 % pour le volume et la profondeur. La filière sri lankaise, organisée autour de coopératives familiales de la région de Negombo, fait l’objet depuis 2015 d’un travail conjoint avec Givaudan pour développer une cannelle de Ceylan certifiée biologique et équitable, garantie sans pesticides et issue de petites exploitations traditionnelles. La filière vietnamienne, en plein essor depuis 2018, propose une cannelle cassia certifiée Rainforest Alliance qui gagne progressivement en reconnaissance auprès des maisons de parfumerie haute couture européennes.

Histoire en parfumerie

La cannelle est l’une des plus anciennes épices commerciales, mentionnée dans les textes égyptiens dès 2 500 avant notre ère. En parfumerie occidentale moderne, elle est centrale dans plusieurs grands orientaux : Shalimar (Guerlain, 1925), Habanita (Molinard, 1921), Opium (YSL, 1977), Hypnotic Poison (Dior, 1998).

La cannelle est l’une des épices les plus anciennes du commerce mondial documenté. Les Égyptiens l’utilisaient pour l’embaumement (chronologie attestée 2 500 av. notre ère). Les Phéniciens l’importaient depuis Ceylan et la Chine, et le commerce de la cannelle est l’une des sources de la richesse de l’Antiquité méditerranéenne. Au Moyen Âge, la cannelle est l’une des épices les plus précieuses des marchés européens, parfois utilisée comme monnaie d’échange dans les transactions internationales.

La distinction technique entre Cinnamomum verum (Ceylan) et Cinnamomum cassia est importante pour les parfumeurs. La cannelle de Ceylan est botaniquement la "vraie" cannelle ; la cassia, plus largement disponible et moins chère, est en réalité une espèce distincte avec un profil olfactif plus puissant et un taux de cinnamaldéhyde plus élevé. Cette différence taxonomique a longtemps prêté à confusion sur les marchés européens, au XVIIᵉ siècle, la cannelle de Ceylan ne portait pas le même nom commercial que la cassia.

Les restrictions IFRA sur la cannelle ont fortement évolué depuis 2008. Le cinnamaldéhyde et l’eugénol sont classés allergènes potentiels et restreints à des concentrations très strictes, par exemple 0,05 % du jus total pour les produits appliqués sur la peau autour de la bouche, 0,02 % pour les produits laissés sur la peau. Ces restrictions ont forcé la reformulation de plusieurs grands orientaux du XXᵉ siècle (Opium, Shalimar) avec des accords cannelle reconstitués par captives synthétiques.

En parfumerie niche contemporaine, la cannelle reste prisée pour les compositions hivernales gourmandes. Tobacco Vanille de Tom Ford (2007), Khamrah de Lattafa (2022) en font un usage assumé. Les écritures moyen-orientales (Lattafa, Al Haramain, Rasasi, Amouage) sont les plus généreuses en cannelle, héritage culturel des codes parfumés du Golfe.

Parfums emblématiques

Sept compositions utilisant la cannelle.

AnnéeMaisonParfumRôle
1925GuerlainShalimarJacques Guerlain. Cannelle en accord oriental fondateur.
1977Yves Saint LaurentOpiumJean Amic et Jean-Louis Sieuzac. Cannelle massive dans l’orientale épicé.
1998DiorHypnotic PoisonAnnick Ménardo. Cannelle + amande + vanille.
2007Tom FordTobacco VanilleCannelle + tabac + vanille.
2022LattafaKhamrahCannelle + cardamome + vanille, oriental moderne.
2010Atelier CologneVanille InsenséeCannelle en accord hespéridé-vanillé.
1992Thierry MuglerAngelCannelle en arrière-plan gourmand.

Questions courantes

Quelle est l’odeur de la cannelle en parfumerie ?01
Profil chaud, épicé, sucré, légèrement boisé. Évoque le pain d’épices, le vin chaud, l’enfance.
Différence entre cannelle de Ceylan et cassia ?02
Ceylan (Cinnamomum verum, Sri Lanka) : plus fine, plus florale, plus subtile. Cassia (Cinnamomum cassia, Chine) : plus puissante, plus camphrée, plus économique.
D’où vient la cannelle utilisée en parfumerie ?03
Sri Lanka (Ceylan, qualité de référence), Chine, Indonésie, Vietnam (cassia, production massive).
Pourquoi la cannelle est-elle restreinte par l’IFRA ?04
Le cinnamaldéhyde, molécule pivot, est photosensibilisant et allergène potentiel. L’IFRA limite l’usage à des concentrations strictes (0,05 à 0,5 % selon les catégories de produits).
Quels parfums utilisent la cannelle ?05
Sept références : Shalimar (Guerlain, 1925), Opium (YSL, 1977), Hypnotic Poison (Dior, 1998), Tobacco Vanille (Tom Ford, 2007), Khamrah (Lattafa, 2022).

Voir aussi

Sources et méthodologie

Cette fiche a été composée à partir des bases botaniques et parfumeuses publiques.

Publié le 10 mai 2026 · Mis à jour le 21 mai 2026 · Dernière vérification factuelle : 10 mai 2026 · Auteur : Osmetheca, référentiel éditorial