Origine botanique et géographique
L'encens ou oliban (de l’arabe lubân) en parfumerie désigne la résine aromatique extraite par incision du tronc d’arbres du genre Boswellia, famille des Burséracées. Plusieurs espèces sont exploitées : Boswellia sacra (Oman, Yémen, qualité de référence dite "royale"), Boswellia carterii (Somalie, principale qualité commerciale), Boswellia papyrifera (Éthiopie, Soudan), Boswellia serrata (Inde).
L’arbre se développe sur des terrains arides et rocailleux. L’incision du tronc provoque l’exsudation de gouttes de résine qui durcissent au contact de l’air pour former les larmes d’oliban, perles dorées translucides. Chaque arbre produit environ 5 à 10 kg de résine par an et peut être exploité pendant des décennies.
Trois origines géographiques dominent. La région du Dhofar en Oman produit la qualité historique de référence, considérée comme la meilleure depuis l’Antiquité. La Somalie assure environ 60 % du marché commercial mondial. L'Éthiopie et le Soudan produisent une qualité moins onéreuse. L'Inde conserve une production traditionnelle utilisée surtout en aromathérapie.
Profil olfactif
L’encens offre un profil olfactif résineux et frais, distinctif. À l’aveugle, il se reconnaît à un trio : une attaque citronnée-térébenthine qui évoque la résine de pin fraîche, un cœur résineux profond et balsamique, et un drydown légèrement médicinal et fumé.
Le profil varie selon l’origine. L'oliban omanais est plus fin, plus citronné, plus raffiné. L'oliban somalien est plus puissant et plus résineux. L'oliban éthiopien est plus fumé et plus terreux.
L’encens est aussi reconnu pour ses propriétés thérapeutiques, étudiées depuis l’Antiquité et confirmées par la science moderne. Les acides boswelliques contenus dans la résine de Boswellia ont des propriétés anti-inflammatoires documentées. En aromathérapie contemporaine, l’huile essentielle d’encens est utilisée pour ses effets calmants et son action sur le système respiratoire. En parfumerie, ces dimensions s’expriment subtilement dans le caractère méditatif et apaisant de la matière, c’est l’une des raisons pour lesquelles l’encens a traversé toutes les traditions religieuses et tous les rituels spirituels de l’humanité, depuis les fumigations sumériennes jusqu’aux liturgies catholiques contemporaines en passant par les cérémonies bouddhiques tibétaines et les mosquées du Moyen-Orient.
L’encens, c’est la matière de la verticale. Il monte. Il évoque immédiatement le sacré, l’élévation. Aucune autre matière ne fait ça.Bertrand Duchaufour, à propos de Timbuktu pour L’Artisan Parfumeur (2004)
Caractéristiques clés
Production et extraction
La récolte de l’encens se fait par incision du tronc avec un outil spécifique (le mengaff en arabe). La résine exsude et durcit en quelques jours. Les larmes sont récoltées à la main et triées par taille et qualité. Une saison de récolte dure 3 à 4 mois.
L'extraction parfumerie se fait par distillation à la vapeur d’eau des larmes, méthode utilisée depuis l’Antiquité. La distillation dure 4 à 8 heures. L’huile essentielle obtenue est très volatile. Une résinoïde d’encens peut aussi être obtenue par extraction au solvant, plus dense et plus fixative que l’huile essentielle.
Le rendement est correct : 3 à 8 % du poids de résine donne de l’huile essentielle. L’huile essentielle d’encens omanais oscille entre 500 et 800 €/kg, l’encens somalien entre 300 et 500 €/kg.
Plusieurs captives synthétiques reproduisent partiellement le profil de l’encens : Olibanum Resinoid (IFF), Incensole (Givaudan), Cypriol pyrogéné. Ces captives permettent de soutenir les compositions à coût maîtrisé sans sacrifier le caractère résineux signature, particulièrement utile pour les compositions niche grand public.
La diversité botanique de l'encens (en anglais frankincense ou olibanum) recouvre plusieurs espèces du genre Boswellia, dont chacune produit un profil olfactif distinct. Boswellia sacra, originaire du Dhofar omanais, donne l’encens considéré comme le plus fin, à la signature citronnée-poivrée raffinée, et reste la qualité de référence pour la parfumerie haute couture. Boswellia carterii, somalienne et éthiopienne, présente un profil plus résineux et plus chaud, idéal pour les compositions orientales-balsamiques. Boswellia papyrifera, soudanaise et érythréenne, plus terreuse et plus rustique, alimente principalement le marché religieux orthodoxe et catholique. Boswellia serrata, indienne, est utilisée majoritairement en médecine ayurvédique pour ses propriétés anti-inflammatoires. La filière omanaise du Dhofar est aujourd’hui menacée par la dégradation des populations sauvages (sécheresse, surexploitation), ce qui a conduit l’UNESCO à inscrire la « Terre de l’Encens » au patrimoine mondial en 2000 et plusieurs organisations à demander une protection CITES. Les grandes maisons (Robertet, Albert Vieille, Mane) ont engagé depuis 2018 des programmes de sourcing direct avec des coopératives bédouines pour préserver la filière traditionnelle.
Histoire en parfumerie
L’encens est l’une des matières les plus anciennes de l’humanité. Mentionné dans les textes égyptiens dès 3000 avant notre ère, il était utilisé dans les rituels religieux, l’embaumement, et la médecine. Les trois rois mages auraient apporté de l’encens à Jésus selon les Évangiles. La route commerciale terrestre de l’encens reliait l’Arabie à la Méditerranée pendant l’Antiquité.
En parfumerie occidentale moderne, l’encens devient central dans les compositions niche contemporaines depuis 2000. Timbuktu de L’Artisan Parfumeur (2004, Bertrand Duchaufour) propose un encens central niche moderne. Avignon de Comme des Garçons (2002, Bertrand Duchaufour) installe l’encens d’église catholique. Passage d’Enfer de L’Artisan Parfumeur (1999), Wonderwood de Comme des Garçons (2010), Bois d’Encens d’Armani Privé (2004) explorent diverses dimensions.
Parfums emblématiques
Sept compositions emblématiques utilisant l’encens.
| Année | Maison | Parfum | Rôle |
|---|---|---|---|
| 1999 | L’Artisan Parfumeur | Passage d’Enfer | Olivia Giacobetti. Encens aérien minimaliste. |
| 2002 | Comme des Garçons | Avignon | Bertrand Duchaufour. Encens d’église catholique, écriture radicale. |
| 2004 | L’Artisan Parfumeur | Timbuktu | Bertrand Duchaufour. Encens-bois-épices, voyage saharien. |
| 2004 | Armani Privé | Bois d’Encens | Encens-bois élégant italien. |
| 2007 | Etat Libre d’Orange | Encens et Bubblegum | Antoine Maisondieu. Encens niche radical. |
| 2014 | Diptyque | Eau Duelle | Fabrice Pellegrin. Encens-vanille-thé noir. |
| 1925 | Guerlain | Shalimar | Jacques Guerlain. Encens en fond de l’oriental fondateur. |
Questions courantes
Voir aussi
Sources et méthodologie
Cette fiche a été composée à partir des bases botaniques, archéologiques et parfumeuses publiques.