Structure moléculaire de l'Hédione, méthyl dihydrojasmonate, formule chimique C13H22O3

Encyclopédie · Notes & Matières

Hédione

Hédione, méthyl dihydrojasmonate synthétisé par Édouard Demole chez Firmenich, brevet 1962. Profil floral jasminé transparent et lumineux, premier usage à fort dosage dans Eau Sauvage de Dior en 1966.
Type · Molécule de synthèse
Synthèse · Firmenich, Genève, Suisse, brevet 1962
Famille · Floral jasminé transparent

Origine

L’Hédione est synthétisée par le chimiste suisse Édouard Demole dans les laboratoires de Firmenich à Genève, Suisse, à partir de 1958. Le brevet est déposé en 1962, année où Demole publie la caractérisation complète de la molécule dans la littérature de chimie organique. Le nom commercial Hédione, déposé par Firmenich, dérive du grec hēdonē, qui signifie le plaisir.

La molécule porte le nom IUPAC de méthyl dihydrojasmonate, sa formule chimique est C13H22O3, son numéro CAS est 24851-98-7. Elle s’inspire structurellement du méthyl jasmonate présent à l’état de traces dans l’absolu de jasmin, dont elle reproduit une facette précise sans en imiter la lourdeur indolique. Firmenich la commercialise dès le début des années 1960 auprès des parfumeurs.

Profil olfactif

L’Hédione offre un profil floral jasminé léger, transparent et lumineux. Elle évoque le jasmin sambac dépouillé de ses facettes les plus animales, avec un effet de peau, de fraîcheur fondante et de clarté quasi aqueuse. À l’aveugle, on la reconnaît à sa capacité à ouvrir l’espace olfactif d’une composition plus qu’à imposer une note identifiable.

Sa position pyramidale couvre la tête tardive et le cœur, avec un effet de diffusion latérale plus que de tenue prolongée. Sa rémanence sur la peau dure quelques heures, bien inférieure à celle d’un musc blanc ou d’un ambré boisé, mais sa fonction principale n’est pas la persistance : elle est le rôle de fluidification. L’Hédione éclaircit, fluidifie, donne de l’air aux accords floraux, hespéridés et boisés.

Les concentrations utilisées en parfumerie sont parmi les plus élevées du métier. La molécule passe couramment de 10 à 20 % de la formule, et peut atteindre 30 à 50 % dans certaines fiches contemporaines très transparentes. À ces taux, elle reste invisible à l’oreille du grand public mais structure la signature perçue.

L’Hédione, c’est la lumière du jasmin sans son ombre. Roudnitska en a fait l’axe central d’Eau Sauvage et a changé la parfumerie moderne.Bois de Jasmin, analyse Eau Sauvage

Caractéristiques clés

Famille olfactive
Floral jasminé transparent, lumineux, effet de peau et de fraîcheur fondante.
Position pyramidale
Tête tardive et cœur, fonction de fluidification plus que de tenue.
Formule chimique
C13H22O3, méthyl dihydrojasmonate, CAS 24851-98-7.
Concentration usuelle
10 à 20 % en formule commerciale, jusqu’à 30 à 50 % dans les compositions transparentes contemporaines.

Synthèse et production

L’Hédione n’existe pas à l’état naturel. Sa fabrication procède par une voie de synthèse organique mise au point par Édouard Demole en plusieurs étapes, à partir de précurseurs cyclopentanoïques. La méthode originale brevetée en 1962 par Firmenich passe par une condensation aldolique, suivie d’une hydrogénation et d’une estérification au méthanol. Le produit final est un mélange d’isomères dont l’isomère cis (-) porte la plus grande part de l’effet olfactif.

Plusieurs producteurs fournissent aujourd’hui la molécule à l’industrie de la parfumerie :

  • Firmenich : producteur historique, propriétaire du nom commercial Hédione et des qualités enrichies en isomère actif comme Hédione HC (High Cis).
  • Givaudan, IFF, Symrise : grands compositeurs proposant la molécule sous noms génériques ou commerciaux propres.
  • Producteurs spécialisés et asiatiques : entrée dans les années 2000 sur les qualités standard, avec un écart sensible sur le taux d’isomère actif.

L’Hédione est aujourd’hui l’une des matières premières les plus utilisées de la parfumerie mondiale, présente dans une part très importante des fiches florales, hespéridées et fougères contemporaines. La réglementation IFRA ne lui impose pas de restriction sévère, son profil toxicologique étant favorable et sa biodégradabilité acceptable pour un usage à grande échelle.

Histoire en parfumerie

Le premier parfum commercial à intégrer l’Hédione à fort dosage est Eau Sauvage de Christian Dior en 1966, composé par Edmond Roudnitska. Roudnitska place la molécule au cœur d’un accord hespéridé classique de cologne, et obtient une fraîcheur florale jamais entendue jusque-là. La fiche inaugure l’ère post-1970 de la parfumerie transparente moderne et reste citée par toute la profession comme acte fondateur de l’usage des grandes matières de synthèse florales.

Roudnitska poursuit l’exploration avec Diorella en 1972, où l’Hédione se marie au chèvrefeuille et au melon dans une composition mixte qui pousse la transparence encore plus loin. En 1976, le jeune Jean-Claude Ellena signe First pour Van Cleef & Arpels, première grande floral aldéhydé moderne à exploiter pleinement la molécule.

Les années 1990 consacrent l’Hédione comme matière star de la parfumerie minimaliste et aquatique. L’Eau d’Issey d’Issey Miyake, signé Jacques Cavallier en 1992, exploite la molécule dans un accord de lotus et de fleurs aquatiques. CK One de Calvin Klein, signé Alberto Morillas et Harry Fremont en 1994, propulse la molécule dans la consommation de masse à des taux élevés, et fait basculer toute la décennie vers une parfumerie unisexe et transparente.

Entre 2000 et 2026, l’Hédione s’installe dans presque toute la parfumerie de niche contemporaine. Les maisons Le Labo, Frédéric Malle, Diptyque ou Maison Francis Kurkdjian en font un constituant régulier de leurs accords floraux, et certaines fiches en contiennent à des taux dépassant 30 % de la formule, sans que cela soit perçu comme un excès par le grand public.

Parfums emblématiques

Six compositions sont régulièrement citées comme moments décisifs de l’histoire de l’Hédione, sur l’arc 1966-2008.

AnnéeMaisonParfumRôle de l’Hédione
1966Christian DiorEau SauvageEdmond Roudnitska. Premier usage à fort dosage documenté, acte fondateur de la parfumerie transparente moderne.
1972Christian DiorDiorellaEdmond Roudnitska. Marie l’Hédione au chèvrefeuille et au melon, composition mixte qui pousse la transparence.
1976Van Cleef & ArpelsFirstJean-Claude Ellena. Premier grand floral aldéhydé moderne à exploiter pleinement la molécule.
1992Issey MiyakeL’Eau d’IsseyJacques Cavallier. Hédione au cœur d’un accord de lotus et de fleurs aquatiques, signature des années 1990.
1994Calvin KleinCK OneAlberto Morillas et Harry Fremont. Hédione à dose élevée, fiche unisexe qui démocratise la molécule à l’échelle mondiale.
2008Frédéric MalleDans tes BrasMaurice Roucel. Hédione en grand pourcentage dans un accord d’héliotrope et de violette, illustration de l’usage contemporain en parfumerie de niche.

Questions courantes

Quelle est l’odeur de l’Hédione en parfumerie ?01
Profil floral jasminé léger, transparent, lumineux, avec un effet de peau et de fraîcheur fondante. La molécule rappelle le jasmin sambac sans la lourdeur indolique de l’absolu naturel, et fluidifie les accords floraux, hespéridés et boisés.
Qui a inventé l’Hédione et en quelle année ?02
La molécule a été synthétisée par Édouard Demole chez Firmenich à Genève, Suisse, à partir de 1958, brevet déposé en 1962. Son nom commercial dérive du grec hēdonē, le plaisir.
Quel a été le premier parfum à utiliser l’Hédione à fort dosage ?03
Eau Sauvage de Christian Dior, composé par Edmond Roudnitska et lancé en 1966. La fiche inaugure l’ère post-1970 de la parfumerie transparente moderne et reste citée comme acte fondateur de l’usage des grandes matières de synthèse florales.
Quels parfums utilisent l’Hédione en signature ?04
Eau Sauvage (Dior, 1966), Diorella (Dior, 1972), First (Van Cleef & Arpels, 1976), L’Eau d’Issey (Issey Miyake, 1992), CK One (Calvin Klein, 1994) et Dans tes Bras (Frédéric Malle, 2008).
L’Hédione est-elle naturelle ou synthétique ?05
Entièrement synthétique. Elle n’existe pas à l’état naturel et est produite à grande échelle par Firmenich puis par les autres compositeurs, sous le nom IUPAC méthyl dihydrojasmonate, formule C13H22O3.

Voir aussi

Sources

Fiche composée à partir de la documentation industrielle de Firmenich, des bases parfumeuses publiques (Fragrantica, Basenotes, Parfumo, PubChem), de publications spécialisées et de la presse experte.

Publié le 31 mai 2026 · Mis à jour le 31 mai 2026 · Dernière vérification factuelle: 31 mai 2026 · Auteure: Sabrina Carlier · Osmetheca