Definition
L'extraction au CO2 supercritique exploite un etat particulier du dioxyde de carbone. Au-dela de son point critique, situe vers 31 degres Celsius et 74 bar (soit 7,4 MPa), le CO2 n'est plus tout a fait un gaz ni tout a fait un liquide: il combine la densite d'un liquide, qui lui permet de dissoudre les matieres odorantes, et la diffusivite d'un gaz, qui le fait penetrer la matiere vegetale. On obtient ainsi un extrait a basse temperature, sans les degradations thermiques de la distillation.
Son avantage decisif tient a la detente finale. Une fois la pression relachee, le CO2 s'evapore integralement et ne laisse aucun residu de solvant, contrairement a l'hexane. L'extrait obtenu passe pour l'un des plus proches de l'odeur de la plante vivante.
Le procede et ses deux extraits, select et total
La matiere vegetale est placee dans un extracteur ou circule le CO2 supercritique. En jouant sur la pression et la temperature, le parfumeur regle la selectivite du solvant. A pression plus basse, seules les molecules les plus volatiles passent: on parle d'extrait CO2 select, plus fin, proche du profil olfactif recherche. A pression plus haute, le solvant emporte aussi les cires, resines et composes lourds: c'est l'extrait CO2 total, plus complet mais plus charge.
Cette modularite fait la force du procede. La basse temperature preserve des molecules thermosensibles que la vapeur detruirait, et l'absence de residu convient a la parfumerie soucieuse de naturalite. Le procede reste toutefois lourd en capital: les installations sous haute pression sont couteuses, ce qui reserve encore le CO2 supercritique aux matieres a forte valeur ajoutee.
CO2, hexane, vapeur: comparaison des trois voies
Trois grandes methodes cohabitent, chacune avec ses compromis de temperature, de residu et de cout.
| Methode | Solvant | Temperature | Residu | Extrait |
|---|---|---|---|---|
| CO2 supercritique | CO2 (>31 C, >74 bar) | Basse | Aucun | Select ou total |
| Extraction solvant | Hexane puis ethanol | Basse | Traces d'hexane | Concrete puis absolue |
| Distillation | Vapeur d'eau | Elevee | Aucun | Huile essentielle |
Le CO2 supercritique cumule les atouts de la basse temperature et de l'absence de residu, ce qui explique qu'on le presente volontiers comme la voie la plus propre. Il ne rend pourtant pas les autres obsoletes: la distillation reste imbattable de cout sur les agrumes ou la lavande, et l'absolue garde un profil que le CO2 ne reproduit pas a l'identique.
Le regard Osmetheca
Le discours commercial presente souvent le CO2 supercritique comme l'extraction ideale, sans solvant et donc universellement superieure. La realite est plus nuancee. Sans residu, oui, et thermiquement doux, mais couteux, energivore et loin d'etre universel. Toutes les matieres ne s'y pretent pas, et un extrait CO2 n'est ni un meilleur ni un pire absolu: c'est une matiere differente, au profil qui lui est propre, que le parfumeur choisit pour ce qu'elle apporte, non par principe de purete.
L'argument naturalite merite lui aussi d'etre lu de pres. Un extrait CO2 est propre au sens ou il ne laisse pas de solvant, mais il reste le fruit d'un procede industriel sophistique, aux antipodes de l'image romantique d'une distillation artisanale. Comprendre cela, c'est cesser de hierarchiser les methodes et commencer a juger les matieres sur leur odeur.
Voir aussi
Sources
- Osmotheque de Versailles, fonds documentaire sur les procedes d'extraction.
- Supercritical fluid extraction, principes physiques et point critique du CO2.
- Societe Francaise des Parfumeurs, parfumeurs.fr, lexique des matieres premieres.
- Ellena, J.-C. Le parfum, PUF, coll. Que sais-je (procedes d'extraction modernes).