Définition
La haute parfumerie désigne le segment le plus exigeant de la création, celui qui privilégie les matières premières nobles, la signature d'un auteur et la liberté de composition, sans contrainte prioritaire de coût. Contrairement à la haute couture, dont l'appellation est protégée en France depuis le décret du 23 janvier 1945 et l'arrêté du 6 avril 1945, l'expression « haute parfumerie » ne correspond à aucune appellation légale: nul organisme n'en fixe les critères ni n'en contrôle l'usage.
N'importe quelle marque peut donc l'inscrire sur son packaging. C'est un terme marketing, mais qui recouvre un faisceau de critères objectifs partagés par la profession: qualité des matières, temps de création, part de main-d'œuvre, ambition olfactive.
Un terme sans définition légale
La différence avec la haute couture est instructive. Pour se dire maison de haute couture, une marque doit être inscrite sur une liste arrêtée chaque année par le ministère de l'Industrie, sur proposition d'une commission liée à la Chambre syndicale de la couture parisienne, et satisfaire des critères codifiés: atelier à Paris, façon sur mesure, deux collections annuelles d'au moins vingt-cinq modèles. Rien de tel n'existe pour le parfum.
La haute parfumerie ne dispose d'aucun syndicat de contrôle, d'aucun label, d'aucun décret. L'expression circule librement dans les communiqués, les vitrines et les entretiens. Cette absence de garde-fou explique la prolifération des usages abusifs: le terme est parfois apposé à des jus qui ne relèvent, par leurs matières comme par leur mode de fabrication, que du haut de gamme industriel.
Haute parfumerie, niche, mainstream: le faisceau de critères
À défaut de définition légale, la profession reconnaît la haute parfumerie à un faisceau d'indices, qui la distinguent de la niche comme du mainstream.
| Critère | Haute parfumerie | Niche | Mainstream |
|---|---|---|---|
| Matières premières | Nobles, rares, dosage généreux | Souvent qualitatives | Optimisées par le coût |
| Contrainte de coût | Secondaire | Présente mais assumée | Déterminante |
| Rôle de l'auteur | Central, revendiqué | Central | Encadré par le brief |
| Statut du terme | Marketing, non protégé | Marketing, non protégé | Sans objet |
Aucun de ces critères n'est opposable en droit. Ils forment néanmoins une grille de lecture cohérente, à condition de la manier avec l'idée qu'elle décrit une ambition, non un statut garanti.
Le regard Osmetheca
La définition dominante présente la haute parfumerie comme un gage absolu de qualité. C'est oublier qu'aucune instance ne garantit ce gage. Là où « haute couture » engage une maison devant une commission et une loi, « haute parfumerie » n'engage que celui qui l'écrit. Le terme peut recouvrir le meilleur de la création comme un habillage publicitaire, et rien, juridiquement, ne permet de trancher.
Notre position n'est pas de rejeter l'expression, qui décrit une réalité, mais de la rendre à sa mesure: un faisceau de critères objectifs existe bel et bien, à savoir la qualité des matières, le temps consacré, la liberté de l'auteur, mais il faut le vérifier au cas par cas plutôt que le tenir pour acquis dès qu'un flacon l'affiche. La noblesse d'un parfum se lit dans son jus, non sur son étui.
Voir aussi
Sources
- Société Française des Parfumeurs, parfumeurs.fr, sur la création et les métiers.
- Décret du 23 janvier 1945 et arrêté du 6 avril 1945 encadrant l'appellation « haute couture », France.
- Library of Congress, « What Haute Couture Really Means in French Law ».
- Roudnitska, E. Le parfum. Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? ».